Newsletter · octobre 2025

Analyse de Pratiques et étude de situation : deux processus distincts. Ce que leur confusion produit concrètement dans les équipes et pour l'institution.

Lettre envoyée le 28 octobre 2025 aux abonnés de la newsletter, republiée ici à quelques adaptations près. Les dates, tarifs et formats de formation cités sont ceux du moment de l’envoi : pour l’offre actuelle, consultez le calendrier des formations.

Bonjour,

Chaque mois, cette newsletter continue de grandir – et c’est grâce à vous. Lancée il y a à peine trois mois, elle rassemble déjà près de 300 professionnels engagés qui veulent clarifier, structurer et professionnaliser l’Analyse de Pratiques. Merci pour votre confiance et votre engagement sur ce « terrain » que nous partageons.

Parmi vous, il y a des intervenants en Analyse de Pratiques (débutants ou expérimentés, formés ou non, à la Méthode APEOS® ou pas), et aussi des directions, responsables RH ou commanditaires de GAP.

Des publics différents, un même enjeu : garantir des dispositifs d’AP utiles, rigoureux et cohérents, au service des équipes comme des institutions et in fine, au service des usagers.

Dans cette édition :

  • Un zoom sans concession : Analyse de Pratiques vs Étude de Situation… et en filigrane : pourquoi cette confusion tire le métier vers le bas.
  • Quelques nouvelles du front, parce que oui, professionnaliser l’AP en France n’est pas qu’un plaisir intellectuel… c’est aussi, d’une certaine façon un combat puisqu’on se heurte à des flous, semble-t-il volontairement maintenus quelques fois.

LE SUJET DU MOIS

🎯 Zoom – Analyse de Pratiques vs Étude de Situation

On en parle un peu, et pourtant c’est LA confusion la plus fréquente pour les animateurs de GAP. Et quand on en parle, on le fait rarement avec précision. On entend parfois :

  • « Chez nous oui on fait de l’AP… et on y parle de nos situations difficiles. »
  • « On analyse une situation apportée par un professionnel, donc oui, c’est de l’AP. »
  • « On fait du retour d’expérience, ça ou de l’APP ça revient au même. »

Non, justement, ça ne revient pas au même.

Non, toute instance collective où l’on parle du « terrain» n’est pas de l’Analyse de Pratiques.

Et non « Étude de Situation » et « APP » ne sont pas des synonymes.

Ne pas connaître les différences entre ces 2 dispositifs a des conséquences : pour les équipes, le commanditaire, les publics accompagnés…et les Intervenants en Analyse des Pratiques Professionnelles (IAPP).

Entrons maintenant dans le vif du sujet puisque vous êtes des passionnés 😉

🔍 Zoom technique sur ces deux processus distincts

On reprend les bases. Pas pour faire académique, plutôt pour poser des distinctions opérationnelles.

✅ Analyse de Pratiques (AP)

Objectif central : développer la réflexivité opérationnelle, transformer sa manière d’agir, ajuster le geste et le positionnement professionnel.
Finalité : effets concrets sur la pratique, montée en compétence collective, éclairage des logiques systémiques.
Cadre : progressivité, responsabilité partagée, méthode d’élaboration, analyse et développement du pouvoir d’agir.
Effet attendu : transférabilité —> ce qui est mis en lumière pourra ainsi se développer ailleurs dans d’autres espaces de la pratique.

✅ Étude de Situation (ES)

Objectif central : comprendre une situation, analyser les variables en jeu, cerner les enjeux.
Finalité : poser les faits, analyser les éléments, les facteurs, échanger des perceptions.
Cadre : objectivation des faits, anamnèse, analyse plus ou moins structuré et poussée.
Effet attendu : compréhension par l’analyse —> mais pas nécessairement transformation de la pratique.

Ce qu’il faut comprendre ?

Les deux ont leur intérêt dans une structure qui accueille du public.

Clairement.

Le problème, c’est d’appeler AP ce qui n’en est pas, et de faire croire aux équipes qu’elles bénéficient d’un espace réflexif alors qu’elles n’engagent pas de posture réflexive.

Quelles sont les conséquences concrètes de la confusion entre APP et Étude de Situation ?

  • Les équipes restent dans un registre intellectuel. Elles analysent les situations, observent les usagers, cherchent à comprendre… mais ne se mettent pas en posture de recul pour questionner leurs pratiques. Résultat : aucune posture réflexive, les échanges restent superficiels et pas de transfert réel sur les pratiques.
  • Les équipes ne cultivent pas l’humilité comme valeur professionnelle. En effet, en conservant un regard asymétrique d’analyse sur des situations, ces dernières ne se confrontent pas à une posture humble de questionnement de leurs propres pratiques. Résultat pas de recul et donc pas d’évolution de la pratique.
  • Les séances sont à haut risque de glissements. Sans démarche claire d’animation, on assiste à un cadre flottant, qui facilite les dérives vers des « réunions de service bis », des « synthèses bis », ou même des « discussions ». Conséquence directe : rien n’est travaillé en profondeur, et de ce fait, rien ne peut se transférer dans les pratiques. Pire encore les participants peuvent être insécurisés et subir ces temps.
  • Les directions sont trompées sur la nature du dispositif. Elles pensent financer un outil structurant au service d’un affinement de la posture professionnelle, et obtiennent en fait un espace de parole, sans réels effets mesurables sur la pratique professionnelle. Conséquence directe : perte de confiance des directions dans le dispositif d’Analyse de Pratiques.
  • Les intervenants perdent en crédibilité professionnelle. Conduire des séances d’AP sans démarche clarifiée expose l’animateur à d’importantes difficultés d’animation. Il se sent fragile techniquement, manque souvent de justesse pour affirmer son cadre. Conséquence directe : des résistances, de la lassitude, voire du rejet de la part des équipes et une posture d’animateur qui s’érode dans un doute malaisant.
  • Le métier lui-même est disqualifié. Quand l’AP est réduite à « mieux comprendre des situations » ou « échanger entre collègues sur le comportement des usagers / publics accompagnés », elle perd son ambition et sa portée. Conséquence directe : L’AP est vide de sens. Et finalement, quand tout devient AP… plus rien ne l’est vraiment.

⚙️ La subtilité technique : quand l’AP est une étude de situation, alors elle dénutrit l’autorité de l’institution

Beaucoup pensent que la confusion entre Analyse de Pratiques (AP) et Étude de Situation n’est qu’un détail de vocabulaire.

En réalité, c’est un risque stratégique majeur pour les organisations.

L’étude de situation a une fonction précise : produire de l’analyse collective pour piloter une situation professionnelle. Elle permet aux équipes de croiser leurs observations, identifier ensemble les enjeux, coordonner leurs actions et déployer ainsi une stratégie d’équipe concertée. Bref, une ES a pour finalité de structurer une réponse professionnelle et de nourrir l’organisation.

Mais quand les AP sont en fait des ES déguisées, alors quelque chose d’important se dérègle : aucune stratégie ne se construit, on parle beaucoup… mais on agit peu.

Et le plus subtil dans tout ça ? En se substituant à ce travail stratégique, l’AP contribue à dénutrir l’autorité de l’institution.

Illustration classique : les cadres de service étant absents, les échanges en AP restent au stade du partage de points de vue sans déboucher sur un pilotage opérationnel. Pire, certains intervenants APP valident parfois malgré eux des évolutions de pratiques ou de process… sans aucune légitimité institutionnelle puisque les cadres ne sont pas présents. Résultat : les équipes tournent en boucle, les directions croient accompagner alors que rien ne se décide au final, et l’AP devient un alibi involontaire : « On en parle déjà en AP ».

Cette subtilité technique, je l’ai comprise après près de 2 000 heures d’animation d’APP. Je vous la partage pour que vous fassiez mieux que moi…et surtout plus rapidement 😉

🧘 Le mantra du mois

« L’AP travaille le réel des pratiques, pas seulement le récit des situations. »

« On reconnaît une AP au fait qu’elle met le professionnel en mouvement, pas seulement en réflexion. »

A méditer … 😉

📌 À retenir en version claire, utile et punchy

✔️ Étude de Situation ≠ Analyse de Pratiques
✔️ L’AP transforme les pratiques ; l’étude de situation permet d’analyser et de mieux comprendre intellectuellement une situation
✔️ Mélanger les deux = brouillard méthodologique + perte d’efficacité
✔️ Cette confusion appauvrit l’organisation
✔️ Clarifier le cadre, ce n’est pas du snobisme théorique : c’est une responsabilité professionnelle

📎 EN COULISSES : entre scoop et confidences …

Parce que ce métier mérite d’être structuré collectivement, voici ce qui avance actuellement en coulisses,

  • Un hors-série dédié aux Analyses de Pratiques Professionnelles dont j’ai l’honneur d’assurer la rédaction exclusive, à destination de + de 20 000 lecteurs est en cours d’impression ! Un travail dense, sans langue de bois, qui clarifie les dérives du terrain et propose des repères opérationnels pour les commanditaires.

Parution prévue prochainement. Je vous en dirai plus dans la newsleter de novembre. Les retombées sur notre communauté d’intervenants APP vont être importantes 😉

  • Les sessions IAPP1 et ASDR affichent complet plusieurs mois à l’avance.
    Vous êtes de plus en plus nombreux à vouloir intégrer des sessions de perfectionnement : signe que le niveau de technicité augmente chez les IAPP. Je ne peux que saluer cette humilité à venir vous former en continu ! La formation à la systémie appliquée aux dynamiques relationnelles de 3 jours cartonne, il y a maintenant 2 sessions par an de programmé 😉 Je serai ravie de vous y rencontrer / retrouver.
  • La Communauté Linkedin a dépassé les 10 000 abonnés et le cap des 400 professionnels certifiés APEOS® est atteint !

Merci à vous tous qui êtes à mes côtés pour contribuer à la professionnalisation des APP. Je vous voir réagir, commenter, lire, me poser des questions, republier… Un grand merci à celles et ceux qui m’informent de leurs projets de développement des APP dans des secteurs nouveaux : magistrature, avocat, enseignants de l’Education Nationale, ATSEM, pompes funèbres, animation… Cela me permet d’alimenter les écrits qu’on me demande sur les APP et e garder une vision « grand angle ».

Je mesure chaque jour la puissance d’être entourée par une véritable communauté.Vous me donnez de la force et je tiens à vous en remercier.

N’oubliez pas, pour celles et ceux, qui ont effectué la formation IAPP1 de vous référencer sur l’annuaire dédié car il est de plus en plus consulté par les directions !

  • Prochain webinaire sur les Cartes Réflexives : le mercredi 04 février 2026 de 19h30 à 21h

https://www.anne-chimchirian.com/cartes-reflexives-app/

  • IAPP1 en Outre Mer : pour la 2nde édition, c’est l’île de la Martinique qui a été choisie. Quelle réactivité sur ce territoire insulaire ! Le nombre minimum de participants a été atteints seulement quelques semaines après la diffusion de l’info ! Chers Martiniquais, Guadeloupéens, Guyanais, il reste encore la possibilité d’embarquer dans l’aventure :

https://www.anne-chimchirian.com/iapp1-antilles/

Et si vous résidez en Outre Mer et souhaitez manifester de votre intéret pour une formation sur place, un nouveau formulaire a été mis en ligne :

https://www.anne-chimchirian.com/formations-en-outre-mer/

  • En avant première, je vous informe d’une nouvelle formation : la MASTERCLASS APEOS® . Elle permettra aux intervenants expérimentés, potentiellement formés par ailleurs, d’entrer dans le mouvement APEOS®. Dans les grandes lignes, le programme visera à renforcer sa technicité sans repasser par les bases déjà maîtrisées et d’acquérir la méthode APEOS® à un niveau d’exigence élevé.

Elle aura lieu fin juin sur Lyon 😉

🔗 Le mot de la fin

Encore merci pour votre confiance. Je suis touchée de vous savoir de plus en plus nombreux autour de moi. Les valeurs professionnelles que nous portons ensemble sont fortes et nous sommes en train d’élever la voix pour les rappeler. L’éthique, l’humanisme, la dignité, la compassion ne sont pas de simples mots. Ils sont, d’une certaine façon, des verbes d’action. Par votre présence, vous m’aidez à porter ce message et je vous en remercie.

Si cette newsletter vous a aidé, alors je serai ravie de vous voir :

➡️ la partager à un professionnel sérieux qui cherche, lui aussi, des repères clairs autour des GAP

➡️ me répondre par mail pour me proposer un thème, une zone floue à éclairer, une question à traiter, des problématiques de terrain qui vous traversent…je lis tout et toutes vos remarques m’inspirent !

À bientôt,
Anne Chimchirian

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