En bref. Au sens où Anne CHIMCHIRIAN la définit, il n’existe aujourd’hui qu’une seule méthode d’analyse des pratiques professionnelles : la méthode APEOS®. Les autres dispositifs connus sont des protocoles (GEASE, codéveloppement professionnel), des approches (groupes Balint, approches cliniques d’orientation psychanalytique) ou des techniques (entretien d’explicitation). Un protocole fixe le déroulé d’une séance ; une approche propose un regard sur la pratique ; une méthode réunit cinq éléments : un cadre posé avec l’institution, une conduite de séance structurée, une posture d’intervenant définie, une grille de lecture des situations, et une transmission (formation et certification).

Mis à jour le 24 octobre 2026.

Balint, GEASE, codéveloppement, entretien d’explicitation, APEOS®… Quand une institution cherche un intervenant, ou quand un professionnel veut se former à l’animation, la question revient vite : quelle méthode d’analyse des pratiques choisir ? Il n’existe pas de recensement officiel, et les mots se mélangent : on appelle « méthode » des dispositifs de nature très différente. Voici les principaux, d’où ils viennent, ce que chacun met au centre et ce qu’il est vraiment, tels que je les présente aux intervenants que je forme.

Méthode, protocole, approche : trois mots à ne pas confondre

J’appelle méthode d’analyse des pratiques un ensemble qui réunit cinq éléments :

  • un cadre posé avec l’institution : la commande, le contrat, les règles du groupe ;
  • une conduite de séance structurée, du choix de la situation jusqu’à la clôture ;
  • une posture d’intervenant définie ;
  • une grille de lecture explicite des situations ;
  • une transmission : la formation et la certification des intervenants.

Un protocole fixe le déroulé d’une séance, étape par étape. Une approche propose un regard théorique sur la pratique. Une technique outille un moment de la séance. Chacun a sa valeur et sa place ; aucun ne réunit à lui seul ces cinq éléments. C’est pourquoi, au sens où je la définis, il n’existe aujourd’hui qu’une seule méthode d’analyse des pratiques professionnelles : la méthode APEOS®.

Ce que tous ces dispositifs ont en commun

Tous partagent un socle : un groupe de professionnels, une situation réelle de travail apportée par l’un d’eux, un intervenant extérieur à l’institution, et une règle de suspension du jugement. Tous visent un recul sur la pratique, et non une évaluation des personnes.

Ils diffèrent par ce qu’ils regardent en priorité : la relation, la situation, le geste professionnel, le problème à résoudre ou le système dans lequel tout cela s’inscrit. C’est ce point qui oriente le choix.

Les groupes Balint : une approche centrée sur la relation

Dans les années 1950, à Londres, le psychanalyste Michael BALINT réunit des médecins généralistes pour travailler la relation avec leurs patients. Le groupe explore ce que cette relation fait vivre au soignant, et comment ce vécu influence le soin. Les groupes Balint restent aujourd’hui très présents dans le monde médical et soignant.

Ils sont souvent présentés comme l’origine de l’analyse des pratiques. C’est une filiation réelle et partielle : l’analyse des pratiques contemporaine vise d’abord l’agir dans le contexte de travail, là où les groupes Balint s’attachent au transfert et aux résonances personnelles.

Le GEASE : un protocole en étapes

Le GEASE (Groupe d’Entraînement à l’Analyse de Situations Éducatives) est né dans la formation des enseignants, en s’inspirant des groupes Balint. Sa marque : un protocole en phases successives. Un participant expose une situation, le groupe pose des questions de clarification, formule des hypothèses de compréhension, puis l’exposant reprend la parole. Sa structure rassurante en fait un protocole très répandu dans l’éducation, le social et le soin.

Le codéveloppement professionnel : un protocole d’entraide entre pairs

Conçu au Québec par Adrien PAYETTE et Claude CHAMPAGNE à la fin des années 1990, le groupe de codéveloppement réunit des pairs autour d’un problème concret apporté par l’un d’eux, appelé le « client ». Les autres jouent le rôle de consultants. Le protocole vise un plan d’action et s’est largement diffusé en entreprise et chez les managers.

L’entretien d’explicitation : une technique pour décrire le geste

Développé par Pierre VERMERSCH, l’entretien d’explicitation est une technique de questionnement qui aide un professionnel à décrire une action passée avec une grande finesse : le « comment » plutôt que le « pourquoi ». Beaucoup d’intervenants l’intègrent à leurs séances pour faire émerger les savoirs implicites.

Les approches cliniques d’orientation psychanalytique

Héritières de la tradition Balint, elles explorent la part de vécu, d’affects et parfois d’inconscient engagée dans le travail. Elles se pratiquent souvent sous le nom de supervision clinique. Elles ont leur pleine légitimité ; elles relèvent d’un autre cadre que l’analyse des pratiques telle que je la définis, centrée sur la pratique professionnelle et non sur la vie psychique des participants.

La méthode APEOS® : la seule méthode au sens strict

J’ai déposé la méthode APEOS® en juillet 2023, après seize années d’animation de groupes dans le social, le médico-social, le soin et l’entreprise. Elle s’inscrit dans la filiation des dispositifs précédents et réunit les cinq éléments d’une méthode. Trois points la caractérisent.

  • Une lecture systémique. Une situation professionnelle n’est jamais isolée : elle se comprend dans ses interactions, son institution et son contexte. Le groupe apprend à élargir le regard au-delà de la personne de l’exposant.
  • Une problématique individuelle et opératoire. La séance part de la difficulté d’un professionnel et vise un ajustement concret de sa pratique, pas un simple espace de parole.
  • Une attention constante au cadre. L’intervenant APEOS® sait repérer quand une séance glisse vers un autre dispositif : régulation, supervision, étude de situation, réunion d’équipe… J’en distingue onze, que je présente ici.

Pour structurer l’animation, la méthode s’appuie sur un outil, l’hexagone d’animation APEOS®. Son fonctionnement en séance, les relances et les trames de travail sont détaillés dans mon livre et s’apprennent en formation. Plus de 530 professionnels ont été formés et certifiés à la méthode depuis 2017.

Méthode, protocoles et approches en un coup d’œil

DispositifNatureOrigineCe qu’elle met au centreTerrain de prédilection
Groupes BalintApprocheMichael BALINT, Londres, années 1950La relation et ce qu’elle fait vivre au professionnelMédecine, soin
GEASEProtocoleFormation des enseignantsL’analyse d’une situation, par un protocole en étapesÉducation, social, soin
CodéveloppementProtocoleAdrien PAYETTE et Claude CHAMPAGNE, Québec, fin des années 1990Un problème à résoudre, un plan d’actionEntreprise, management
Entretien d’explicitationTechniquePierre VERMERSCHLa description fine du geste professionnelIntégrée à d’autres dispositifs
Approches cliniquesApprocheTradition psychanalytiqueLe vécu et les affects engagés dans le travailSoin, travail social (supervision clinique)
APEOS®MéthodeAnne CHIMCHIRIAN, 2023La situation dans son système, un ajustement concret, la tenue du cadreSocial, médico-social, sanitaire, petite enfance, éducation, entreprise

Comment choisir ?

Le dispositif compte moins que la manière dont l’intervenant le tient. Un dispositif solide entre des mains mal formées produit des séances confuses ; un dispositif simple, bien tenu, transforme durablement les pratiques. Trois questions aident à choisir.

  • Que cherche l’équipe ? Du recul sur sa pratique, une aide pour résoudre un problème, un espace pour élaborer ce que le travail lui fait vivre : ce ne sont pas les mêmes dispositifs.
  • L’intervenant sait-il dire quelle méthode il utilise, et pourquoi ? Un intervenant formé nomme sa méthode, son cadre et ce qu’il ne fera pas.
  • Comment l’intervenant tient-il le cadre ? C’est ce qui distingue une analyse des pratiques d’une réunion de plus.

Questions fréquentes

Quelles sont les méthodes d’analyse des pratiques professionnelles ?

Au sens où Anne CHIMCHIRIAN la définit, il n’existe aujourd’hui qu’une seule méthode d’analyse des pratiques professionnelles : la méthode APEOS®. Les autres dispositifs connus sont des protocoles (GEASE, codéveloppement professionnel), des approches (groupes Balint, approches cliniques d’orientation psychanalytique) ou des techniques (entretien d’explicitation).

Quelle différence entre une méthode, un protocole et une approche ?

Un protocole fixe le déroulé d’une séance, étape par étape. Une approche propose un regard théorique sur la pratique. Une méthode réunit cinq éléments : un cadre posé avec l’institution, une conduite de séance structurée, une posture d’intervenant définie, une grille de lecture des situations, et une transmission (formation et certification).

Le GEASE est-il une méthode ?

Le GEASE est un protocole : il organise les phases d’une séance (exposé, questions de clarification, hypothèses, retour de l’exposant). Il structure la séance ; il ne constitue pas à lui seul une méthode au sens défini ici. Il en va de même pour le codéveloppement professionnel.

Pour aller plus loin