Il y a un moment, dans une séance, où vous avez la réponse. Du moins vous le croyez.

La situation est claire, vous voyez ce qu'il faudrait faire, et ça vous démange.

Et parfois vous la donnez. Le groupe hoche la tête, quelqu'un dit « oui, c'est vrai », l'ambiance est bonne. Vous sortez content de vous.

La vérité c est que le jour où je donne la solution, je repars avec le travail du groupe sous ma semelle.

Séance suivante, rien n'a bougé. Normal : c'était mon idée, pas la leur.

Et il y a pire. À force, le groupe apprend à attendre. On expose, l'intervenante tranche. Ils viennent chercher un avis, plus un espace pour penser. Et le jour où je ne suis pas là, il ne reste rien.

Alors qu'est-ce que je fais de cette envie ? Je ne la refoule pas, ce serait mentir. Je la remarque.

Et je me demande d'où elle vient. Parce que très souvent, elle ne vient pas de moi. Elle vient du groupe, qui est en train de me demander de le sortir de là.

Ça aussi, c'est une information. Un groupe qui réclame une solution est souvent un groupe qui ne supporte plus l'incertitude dans laquelle il est.

Ce qui aide vraiment, ce n'est pas ma réponse. C'est une question qui déplace : qu'est-ce que vous avez déjà essayé, et qu'est-ce que ça a produit ?

Là, ça travaille. Et ce qu'ils trouvent, ils le gardent.

Ce réflexe de répondre, on ne le désinstalle pas tout seul. Il vient de tout ce qu'on nous a appris avant : conseiller, résoudre, rassurer. C'est précisément ce qu'on démonte pendant les cinq jours de la formation, la dernière de l'année étant du 30 novembre au 4 décembre.

Écrivez-moi à anne.chimchirian@gmail.com : où vous en êtes, ce que vous voulez construire. Je lis tout, je réponds moi-même, et je reste là après.

Jeudi prochain : quand une situation racontée dans le groupe vient cogner quelque chose chez vous.

Et vous, la dernière fois que vous avez donné la solution, il s'est passé quoi ensuite ?


Réflexion partagée initialement par Anne Chimchirian sur LinkedIn. Voir la publication d’origine.

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