Dans ma famille, ce que vous voyez sur cette photo s'appelle une trahison.
Je suis d'origine arménienne. On m'a transmis l'histoire, et avec elle une haine. Celle du Turc. Elle venait de loin, elle avait ses raisons, et personne ne la discutait. On grandit avec l'idée qu'il existe des gens dont il faut se tenir à distance. Et sans le vouloir, on la porte sur soi, en soi.
Ilknur Usdi Aydin et Meryem YUKSEKTEPE sont d'origine turque. Elles sont venues se former auprès de moi en septembre, pour devenir intervenantes en analyse des pratiques. En entrant dans cette salle, je ne savais pas que j'allais y déposer quelque chose d'aussi vieux que moi.
Ilknur a tenu à me transmettre les amitiés de son père. Et la gratitude de celui-ci envers l'homme qui lui a appris son métier, un maître couturier arménien.
J'ai ressenti du soulagement.
Dans leurs sourires à toutes les deux, il y avait l'évidence qu'un monde en paix est possible.
Alors avec leur accord, nous envoyons cette photo à une société qui a besoin de l'entendre : nous sommes des millions à avoir décidé de ne pas transmettre la haine que nous avons reçue.
À ceux qui m'accuseraient de manquer de respect à mes racines, je réponds ceci : les vraies racines puisent leur énergie en restant vivantes. Une racine qui ne sert plus qu'à tenir la rancune a cessé de nourrir.
Et vous, qu'avez-vous décidé de ne pas transmettre ?
Réflexion partagée initialement par Anne Chimchirian sur LinkedIn. Voir la publication d’origine.
Pour aller plus loin : la méthode APEOS® · devenir intervenant en analyse des pratiques · l'APP dans le médico-social.







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