Newsletter · novembre 2025

L'émotion en séance, ni ennemie ni reine : les quatre dérives émotionnelles qui mettent un dispositif d'AP en péril, et la place du silence.

Lettre envoyée le 30 novembre 2025 aux abonnés de la newsletter, republiée ici à quelques adaptations près. Les dates, tarifs et formats de formation cités sont ceux du moment de l’envoi : pour l’offre actuelle, consultez le calendrier des formations.

Introduction et petit mot personnel

Chaque mois, cette newsletter continue de grandir et franchement, ça me réjouit.
Vous êtes maintenant plus de 380 à vous y être inscrit(e)s, à lire, à partager, à m’écrire… et je le mesure : le visage des Analyses de Pratiques est en train de changer.

Ce n’est pas un effet de mode.
Ce n’est pas un intérêt passager.
C’est un mouvement de fond.

La précision que vous apportez dans vos séances ne passe pas inaperçue : les directions, tout comme les équipes, repèrent très clairement les dispositifs bien tenus, structurés, cadrés. Elles voient la différence.
Et, soyons lucides, c’est aussi ce qui tire le métier vers le haut.

Je tiens donc à vous remercier, chacune, chacun, pour votre implication dans ces espaces techniques et glissants.
Si, d’une manière ou d’une autre, mon travail vous soutient dans votre posture d’intervenant, alors c’est bien un partenariat professionnel que nous construisons ensemble.
Et je vous en remercie sincèrement.

🎯 LE SUJET DU MOIS : La place des émotions en Analyse des Pratiques

Il existe des séances d’Analyse de Pratiques où l’émotion vous arrive sans prévenir.

Sans filtre.
Sans préparation.

Et lorsque cela arrive, le cadre technique devient votre colonne vertébrale.

Il y a quelques mois, un éducateur de CHRS se présente en séance, visiblement secoué par une situation vécue la semaine précédente. L’émotion surgit très vite, il s’en étonne lui-même.
Et moi, je comprends qu’un moment clé est en train de se jouer.

Je l’accueille.
Je tiens le cadre.
Je garde l’axe opératoire.
Je fais préciser, reformuler, problématiser.

En fin de séance, il me dit :
« Merci. J’avais vraiment besoin qu’on travaille, pas qu’on s’épanche. »

Tout était dit.

Les émotions ont leur place en AP, mais pas n’importe comment.

Le problème… c’est quand l’intervenant perd son axe technique et laisse la séance dériver.

Sans cadre :

  • on glisse vite vers de la supervision relationnelle, (Pour plus de précision, voir page 59 du Guide pratique et technique.)
  • ou vers un espace de soutien psychologique,
  • ou vers un groupe de parole informel.

La confusion entre AP et Supervision Relationnelle est le glissement le plus fréquent que j’observe aujourd’hui : chez les commanditaires, chez les équipes, et chez certains intervenants eux-mêmes (les “psy”, je m’y inclus).

Pour rappel, l’objectif d’une Supervision Relationnelle est de permettre aux participants de conscientiser les résonances intimes qui sont activées par les situations professionnelles.

🔎 ZOOM TECHNIQUE – Les 4 dérives émotionnelles qui mettent un dispositif d’AP en péril

1. La dérive “thérapie-like”

Quand l’intervenant se laisse happer par l’émotion au lieu de rester centré sur la problématique.

Le problème :
Atténuer ou faire disparaître l’émotion devient le centre. Le groupe compatit. La problématique disparaît.

Le risque :
On bascule dans un espace psychologique, on n’est plus dans une Analyse des Pratiques.

Point de repère :
Le premier risque vient souvent… de notre élan du sauveur.

2. La dérive “décharge émotionnelle”

Quand on laisse croire au groupe qu’“il faut vider l’émotionnel » d’une situation pour avancer.

Le problème :
La séance devient un sas, et n’est plus un espace opératoire.

Le risque :
Peu voire pas de transformation possible des pratiques.

Point de repère :
L’émotion n’est pas un objectif. C’est un indicateur.

3. La dérive “catharsis institutionnelle”

Quand on conduit le groupe à penser que mettre en commun ses émotions négatives va “libérer quelque chose”.

Le problème :
On passe d’une problématique professionnelle à une plainte collective.

Le risque :
Une séance plombante, improductive.

Point de repère :
L’IAPP doit aider les équipes à « faire avec », et non à s’illusionner de changements institutionnels sur lesquels il n’a pas de portée.

4. La dérive “émotion forte = implication”

Quand on confond intensité émotionnelle et engagement professionnel.

Le problème :
Ce qui est spectaculaire est survalorisé.

Le risque :
On passe à côté de l’opératoire et des signaux faibles.

Point de repère :
L’émotion est un signal. C’est ce qu’on en fait qui peut apporter des modifications concrètes de la pratique.

LA SUBTILITÉ : L’émotion, ni ennemie ni reine… mais un matériau

L’émotion est utile à une seule condition :
qu’elle soit réintroduite au service des objectifs de l’Analyse des Pratiques.

Elle peut devenir :

  • un indicateur d’enjeu,
  • une information sur la position du professionnel,
  • une clé de lecture du système,
  • un levier pour reformuler,
  • une piste pour affiner la problématisation.

Tout le métier réside là :

  • Accueillir sans se faire embarquer.
  • Tenir sans rigidifier.
  • Reconnaître sans dériver.
  • Cadrer sans écraser.

L’alternative opératoire est simple :
Valider le vécu subjectif → puis le convertir en information utile pour explorer la problématique, notamment sous l’angle de l’identification des blocages de l’exposant.

🤫 UN PONT À FAIRE : Silences & émotions

On imagine souvent l’émotion comme un débordement.
Mais parfois… elle se tait.

Ils opèrent autant qu’un sanglot.
Parfois plus.

Si ce lien vous intéresse, vous pouvez lire mon post :
“Les silences ne sont jamais neutres. En Analyse des Pratiques, non plus.”
(Il résonne directement avec ce thème.)

🧘‍♂️ LE MANTRA DU MOIS

« L’émotion est un signal.
Le périmètre technique de l’Analyse des Pratiques est le cap.
La justesse de positionnement de l’IAPP, c’est de ne pas laisser l’émotionnel vriller la boussole. »

📌 À RETENIR – version claire, utile et punchy

✔️ L’émotion a sa place en AP… encadrée.
✔️ Sans structure : glissement garanti.
✔️ L’émotion n’est jamais un objectif.
✔️ La Supervision Relationnelle ≠ AP.
✔️ Le silence est parfois une émotion qui travaille.

📎 EN COULISSES… entre avancées et perspectives

Le hors-série dédié aux Analyses de Pratiques arrive début décembre.
Je partagerai l’annonce officielle sur LinkedIn, accompagnée d’un lien direct pour le commander. Je ne suis pas autorisée à le nommer tant que sa sortie n’est pas officielle… d’où le suspense.
Ce travail a été dense, exigeant, parfois vertigineux, mais je suis convaincue que ses retombées seront utiles : pour les intervenants, pour les directions, et pour tous ceux qui cherchent à clarifier la place des APP dans les organisations.

Côté formations, un mini-film de présentation des sessions IAPP1 est en préparation.
Les stagiaires de la promotion de novembre ont assuré avec leur implication.

Et puis, bonne surprise de ces dernières semaines : les demandes d’IAPP1 en intra se multiplient.
J’aurai la joie de former mi-décembre l’équipe de psychologues de PMI d’une collectivité du Sud de la France.
Les collectivités commencent à s’emparer de l’enjeu, à clarifier les cadres d’intervention et à professionnaliser les GAP.
C’est une excellente nouvelle : un signal fort et encourageant.

Enfin, le programme de la Masterclass APEOS® a été affiné grâce aux entretiens téléphoniques réalisés avec plusieurs intervenants APP expérimentés.
Il permettra à des animateurs aguerris d’intégrer la Méthodologie APEOS® sans repasser par les basiques de l’AP : il remplace donc IAPP1 + IAPP2 grâce à un suivi individualisé sur six mois.

Pour découvrir le programme affiné de la Masterclass APEOS® :

L’idée est de pouvoir tous se retrouver ensuite en IAPP3, dans les niveaux de Supravision — aujourd’hui les plus exigeants que je propose.
Ces sessions seront proposées dès 2026, sous un format de 3 jours, pour faciliter la venue de celles et ceux qui habitent loin.

LE MOT DE LA FIN

L’Analyse de Pratiques est un métier d’équilibre, pas d’éponge. Pourtant il implique de la sensibilité…et non ce n’est pas paradoxal : c’est une question d’équilibre.
Et cet équilibre se développe par du discernement…une notion sur laquelle je pourrai bien revenir prochainement. Ca vous intéresserait ?

Merci pour votre engagement sur ce terrain exigeant qu’est l’Analyse de Pratiques.

Si cette newsletter vous aide à clarifier votre posture,
transmettez-la à un intervenant sérieux.
La qualité de nos APP est un enjeu collectif.

💬 Votre avis compte !

Dites-moi ce que vous pensez de la structure de cette newsletter, quelles rubriques vous parlent le plus et les sujets que vous aimeriez voir aborder. Je lis absolument tous vos retours et les ajoute dans mon document “Newsletter à venir / propositions sujets”.

👉 Répondez-moi directement à cet email.

À bientôt,
Anne Chimchirian

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