Ce qui s'appelle « Analyse de Pratiques » sans en être. Zoom sur la différence entre AP et supervision relationnelle, et sur les risques de les confondre.
Lettre envoyée le 4 septembre 2025 aux abonnés de la newsletter, republiée ici à quelques adaptations près. Les dates, tarifs et formats de formation cités sont ceux du moment de l’envoi : pour l’offre actuelle, consultez le calendrier des formations.
Bonjour à toi,
Depuis le premier envoi, j’ai reçu des remerciements, des partages et aussi quelques questionnements. Merci pour ces retours : ils confirment que cette lettre a du sens, et que nous avons tout à gagner à continuer d’éclairer ensemble ce champ encore trop souvent mal compris des Analyses de Pratiques.
🔎 Le fameux périmètre technique des AP
Ce qui s’appelle “Analyse de Pratiques”… sans en être.
Il devient urgent de poser les mots justes : on voit fleurir des dispositifs nommés “Analyse de Pratiques” qui n’en respectent ni les exigences, ni les finalités.
Animations collectives en mode “discussion libre”, supervision relationnelle camouflée, groupes de parole émotionnels, réunions thématiques… Autant de pratiques utiles, mais qui n’ont rien à voir avec l’AP.
Ce flou n’est pas sans conséquence :
- pour les équipes (qui en ressortent heurtées, ennuyées ou lassées),
- pour les directions (qui investissent sans retour positif),
- et pour notre métier d’intervenant en APP (qui s’en retrouve banalisé, voire discrédité).
Alors non, toute instance de parole n’est pas une Analyse de Pratiques.
Et oui, il est possible de faire mieux, dès lors qu’on structure et qu’on cadre.
Le cœur du sujet ? Être clair sur le périmètre technique de l’AP.
Autrement dit :
- savoir ce qu’elle est,
- savoir ce qu’elle n’est pas,
- et savoir pourquoi ces distinctions comptent.
C’est la base.
J’ai passé 19 ans à affiner ces points de clarification, dans près de 300 contrats d’APP. Des universités francophones m’invitent pour des conférences uniquement sur cette focale.
Même si cela peut sembler insistant, je choisis de le rappeler : à ce jour, très peu de personnes ont travaillé aussi finement les distinctions techniques entre l’AP et ses dispositifs voisins.
Pour y voir clair, je vous invite à consulter les pages 41 à 104 du Guide Pratique et Technique : 11 dispositifs y sont analysés et différenciés de l’AP.
Et avec cette newsletter, je vais aller un peu plus loin en partageant du contenu supplémentaire sur ces distinctions de cadre… et en m’exprimant de façon plus punchy — parce que ça me ressemble.
🎯 Zoom : AP Vs Supervision relationnelle
Supervision relationnelle
Son objectif est de permettre aux participants de conscientiser les résonances intimes et personnelles activées dans leurs actions professionnelles, notamment dans la relation au public.
Pour être menée de façon sérieuse, elle doit être animée par des professionnels formés en psychologie, psychopathologie ou psychothérapie, disposant de savoirs techniques solides et d’une éthique de relation.
Analyse de Pratiques
Son objectif est de prendre du recul, mutualiser les compétences, diminuer le sentiment d’isolement et modifier concrètement sa pratique de terrain.
❌ Pourquoi ça craint de confondre les deux ?
Confondre les deux, c’est comme confondre une carte routière et un journal intime : ça ne sert pas au même moment, ni au même usage.
1. Les risques pour les participants
- Si une supervision relationnelle est animée comme une AP, les participants repartent avec des zones d’intimité activées… sans contenant suffisant pour les traiter.
- Si une AP est menée comme une supervision relationnelle, le collectif perd l’occasion de travailler sur ses pratiques et peut même ressentir une forte insécurité.
2. Les risques institutionnels et éthiques
- L’AP est cadrée pour soutenir la qualité professionnelle et institutionnelle.
- La supervision relationnelle suppose un espace protecteur, hors des logiques institutionnelles, avec un professionnel ayant une formation clinique solide.
Mélanger les deux, c’est exposer les équipes à des malentendus, voire à des dérapages éthiques.
3. Les risques pour l’intervenant
Un intervenant qui confond AP et supervision relationnelle s’expose lui-même à des conséquences lourdes :
- résistances, oppositions franches, voire agressivité de la part des participants,
- appel de la direction pour mettre fin à sa prestation,
- et souvent, un doute profond : “est-ce que je continue ? est-ce que je suis fait pour ça ?”.
C’est précisément à ce moment-là que beaucoup m’appellent : pour comprendre ce qui s’est joué, et pour se former sérieusement afin de remonter en selle.
💡 Ce qu’il faut retenir
AP ≠ Supervision relationnelle.
Deux démarches précieuses, mais avec des visées, des conditions et des compétences bien différentes.
⚠️ Et le risque majeur pour les équipes
Quand une équipe vit une supervision relationnelle, l’intimité psychique de chacun circule dans le collectif. Cela crée un risque de parasitage du fonctionnement d’équipe.
À mes yeux, c’est une erreur déontologique : on expose des zones qui n’ont pas à être partagées dans ce cadre.
Le pire ? L’équipe ne se positionne presque jamais pour y mettre fin. Elle subit — souvent avec une violence sourde dont les traces restent longtemps.
La moralité, deux façons de le dire
👉 “Nommer correctement les dispositifs, c’est déjà protéger ceux qui les vivent.”
👉 “Appeler une supervision relationnelle ‘AP’, c’est comme appeler un chat un chien : ça finit toujours par mordre quelque part.”
📅 En coulisses
Je finalise l’écriture d’un hors-série dédié aux Analyses de Pratiques, à paraître dans la revue Directions cet été. Un travail dense et exigeant, qui me permet de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas — et surtout d’accompagner les directions dans la mise en place de dispositifs solides.
Également :
- Les prochaines sessions IAPP1 sont programmées jusque décembre 2026 (Outre-mer inclus) : Agenda des formations
- La formation en Systémie Appliquée sur les dynamiques relationnelles (ASDR) continue de faire le plein : Infos sur l’ASDR
Les chiffres APEOS®
En septembre, les intervenants certifiés à la Méthode APEOS® franchiront le cap des 400.
Parmi eux :
- des professionnels qui ont choisi de se former avant de débuter,
- des intervenants chevronnés, venus chercher un “secouage de cocotier”.
Un véritable réseau se constitue. J’y réserve aux inscrits — et à ceux qui envisagent de le faire — quelques surprises pour la fin d’année.
👉 Oui, le tarif des IAPP1 augmente dès janvier 2026 : un ajustement en lien direct avec la structuration de ce réseau. Je vous en dis plus bientôt.
Le mot de la fin
Je dois vous dire la satisfaction que j’éprouve en voyant de plus en plus d’intervenants en AP prendre le temps de lire, de se former, de se regrouper pour affiner leur posture.
Cela dit beaucoup de votre sensibilité, de votre humilité, et d’une certaine forme de courage.
Parmi vous, il y a d’anciens élèves, mais aussi de nombreux nouveaux professionnels que je ne connais pas encore — et pourtant, je me sens proche de vous tous.
On se retrouve le mois prochain ?
👉 Si cette newsletter vous a été utile, partagez-la à un professionnel autour de vous qui pourrait y trouver des repères concrets.
👉 Envoyez-moi vos suggestions de thématiques, problématiques ou questions à explorer.
👉 Et restez attentifs : ma chaîne YouTube démarre bientôt, avec les premières vidéos pour prolonger ces réflexions.
Dans un monde professionnel de plus en plus bruyant, poser des repères clairs est un acte de soin.
Merci de faire partie de celles et ceux qui prennent ce soin au sérieux.
À bientôt,
Anne Chimchirian
Aussi, à lire :
La Revue de l’APP n° 27 sorte en Juillet 2025 : ici
APP – au cœur des effets professionnels, éthiques et collectifs : ici
Nouveauté au Cabinet AC :
Toutes les formations dispensées sont depuis Juin certifiés QUALIOPI. Cette certification permet de solliciter des aides au financement tel que les OPCO, France Travail ou encore le FIFPL. Les formations sont référencé dans le catalogue du FIFPL et auprès du réseau des CARIF (AURA, IDF, La Réunion, Guadeloupe et bientôt Martinique).
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