« Faut-il être psychologue pour animer l’analyse des pratiques ? » C’est, de loin, la question qu’on me pose le plus. La réponse courte : non. Et ce qui fait un bon intervenant n’est pas le diplôme d’origine — c’est la formation à une méthode. Voici pourquoi.

Ce que dit la loi : non (à une exception près)

Du point de vue de la loi, la réponse est simple : il n’est pas nécessaire d’être « psy » pour animer des séances d’analyse des pratiques. La seule exception concerne la petite enfance, où la réglementation récente précise certains diplômes associés à une expérience — et parmi eux figurent ceux de psychologue, psycho-sociologue et psychiatre. Partout ailleurs, la latitude sur le diplôme d’origine est grande. Pour le détail secteur par secteur, voir l’analyse des pratiques est-elle obligatoire ?

D’où vient l’idée qu’il faut être psy ?

Cette idée a une histoire. Depuis les années 1970, les dispositifs d’accompagnement des équipes du médico-social et de la santé étaient surtout menés par des psychanalystes ou des psychiatres d’orientation psychanalytique. Les groupes Balint ont renforcé cette association, en plaçant l’inconscient et le transfert au centre des échanges. L’héritage est tenace : aujourd’hui encore, des directions et des services RH publient des annonces réclamant un profil de psychologue.

Ce qui a changé : les équipes attendent autre chose

Ce sont les équipes qui ont fait bouger les lignes. Leur soif de comprendre leur inconscient au travail a laissé place à un autre besoin : questionner le sens, l’éthique et la cohérence de leurs missions au quotidien. De ce fait, l’importance d’être psy est devenue moindre, et d’autres profils sont devenus très intéressants pour les institutions.

Être psychologue : un atout, et aussi un risque

Ma réponse est nuancée. Être psy présente de vrais avantages : une solide formation à la position méta (la capacité à s’observer fonctionner), la maîtrise de techniques d’écoute et d’entretien, une aisance avec la dynamique de groupe. Cela s’accompagne cependant d’un risque majeur : glisser vers une lecture thérapeutique des situations, et semer la confusion chez les participants. À l’inverse, les professionnels de terrain apportent souvent un pragmatisme très apprécié des équipes.

Alors, qui peut animer l’analyse des pratiques ?

Dans mes formations, j’accompagne des profils très divers : éducateurs spécialisés, chefs de service, directeurs, assistants sociaux, enseignants, conseillères en économie sociale et familiale, médiateurs, coachs, infirmières, psychomotriciens… et bien sûr des psychologues, psychiatres et psychothérapeutes. Cette diversité est une richesse, pas un obstacle. Chaque métier éclaire l’analyse des pratiques d’une lumière particulière :

Ce qui fait vraiment la différence : se former

Puisqu’aucun diplôme n’est requis, on peut légalement s’auto-proclamer intervenant. Cette liberté a un revers : il n’est pas simple de se sentir légitime. Or la légitimité ne vient pas du diplôme — elle vient d’une méthode. Disposer d’une méthodologie d’intervention, avec des repères clairs pour situer la progression d’une séance, c’est ce qui permet à n’importe quel professionnel de se sentir, et d’être, un intervenant compétent.

Autrement dit : tout profil peut animer l’analyse des pratiques, à condition de se former. C’est précisément ce que transmet la formation IAPP1 — devenir intervenant en analyse des pratiques professionnelles : un cadre, une méthode et une posture, quelle que soit votre profession d’origine. Pour les différentes appellations du métier, voir aussi tous les noms de l’analyse des pratiques.