Newsletter · août 2026

La vision systémique du transfert sur l'intervenant APP : lire ce que les participants déposent sur vous, et ce que vous en faites.

Lettre envoyée le 31 août 2026 aux abonnés de la newsletter, republiée ici à quelques adaptations près. Les dates, tarifs et formats de formation cités sont ceux du moment de l’envoi : pour l’offre actuelle, consultez le calendrier des formations.

Introduction et petit mot personnel

C’est la dernière soirée du mois d’août.

Les couloirs se remplissent à nouveau, les équipes se reforment, et vos premières séances d’APP se profilent déjà. J’espère que cet été vous a rendu ce qu’il devait vous rendre.

Je vous avais promis, en juin, une édition consacrée à la vision systémique du transfert sur l’Intervenant APP. La voici, à l’heure dite.

Ce sujet, je ne l’ai pas choisi seule. C’est une intervenante de La Réunion qui me l’a suggéré par mail. Elle a mis le doigt sur quelque chose dont nous ne parlons que trop peu, à mon sens.

Le transfert, concrètement dans la salle

Un mot, deux couleurs.

Dans mon livre, et aussi dans les formations que je donne, le mot « transfert » porte deux couleurs bien distinctes.

La première désigne le transfert de compétences entre les participants : cette mutualisation des savoirs que l’Analyse des Pratiques rend possible, et qui fait la richesse d’un groupe. C’est celle-là que j’enseigne le plus.

Le mot a pourtant une autre coloration, héritée de la psychologie et plus précisément de la psychanalyse. Il désigne alors ce qu’une personne dépose sur une autre sans en prendre conscience véritablement : des attentes, des affects et parfois une histoire ancienne.

Quoi qu’il en soit, ces transferts aux deux couleurs vivent dans la même salle. Et ils se croisent et se rejouent à chaque séance.

Ce qui se dépose sur votre fonction d’intervenant.

Vous avez probablement déjà rencontré ces configurations relationnelles.

  • Le participant qui vous idéalise. L’expert venu de l’extérieur, celui qui va enfin nommer ce que personne n’ose dire. Cette place est la plus délicate de toutes, parce qu’elle peut être agréable. Elle flatte, elle porte, et attention, car elle rend sourd.
  • Le participant qui vous teste. Il arrive en retard, il questionne le cadre, il vérifie si vous tenez. Ce n’est pas vous qu’il éprouve : c’est toute autorité. Vous héritez d’une place, celle de la direction, du cadre, parfois de bien plus ancien encore.
  • Le participant qui vous veut sauveur. « On ne sait plus quoi faire. » L’appel est sincère et il est un piège : accepter cette place, c’est priver le groupe de sa propre puissance.
  • Le participant qui recherche la complicité. Celui qui vous attend à la pause, qui glisse une connivence, qui cherche l’alliance davantage que le travail. L’intention est rarement mauvaise : elle dit souvent un besoin de reconnaissance. Elle vous place cependant à côté du groupe plutôt qu’en face de lui, et c’est précisément là que le cadre se fragilise.
  • Et celui qui vous rentre dans le lard. Je vous en parlais en juillet, avec tendresse, parce que c’est l’expression exacte que j’emploie en formation. Celui-là donne l’impression de vous attendre au tournant : il cherche à vous enfermer dans vos contradictions, pointe vos incohérences, ou apporte une matière qui vient contredire ce que vous venez d’énoncer. C’est un point que nous travaillons tout particulièrement en formation, et pour une raison simple : un intervenant qui se positionne avec justesse pour développer la réflexivité n’est pas vulnérable à ce type d’attaque. Ces techniques-là s’acquièrent très bien.

Aucune de ces figures ne vous concerne forcément directement. Toutes concernent la place que vous occupez, et pourtant vous êtes touché.

Je vous le disais le mois dernier : je me méfie de l’étiquette « personnalités difficiles », parce qu’elle cristallise, et qu’en vérité c’est plutôt l’intervenant qui se trouve en difficulté avec certains types de personnalités.

Allons plus loin maintenant. Si tel participant vous agace particulièrement, la vraie question n’est pas « qu’a-t-il de particulier ? ». Elle est plutôt : pourquoi avec lui, et comment cela se maintient-il de séance en séance avec vous ?

Votre agacement n’est pas un défaut de professionnalisme. C’est une information. À condition de la lire, et non de la subir.

Le glissement qui guette.

Ici, une précision technique s’impose, et elle est le cœur de cette lettre.

Vous me connaissez sur ce point : je passe une bonne partie de mon temps à transmettre la distinction entre l’Analyse des Pratiques et les autres dispositifs qui lui ressemblent. Oui par goût de la nuance, et aussi parce qu’un cadre qui glisse cesse de protéger ceux qu’il abrite.

On rattache volontiers l’Analyse des Pratiques aux groupes Balint, où des médecins travaillaient leur implication subjective dans la relation à leurs patients. Ces groupes ont toute leur valeur, et cet héritage est réel : il pèse encore aujourd’hui sur les profils que les directions recherchent, d’ailleurs.

Pour ma part, je considère que les racines de l’APP sont avant tout philosophiques et non psychanalytiques, et j’assume ce parti pris.

De la maïeutique socratique, nous tenons l’art de questionner pour accoucher d’une pensée qui appartient déjà à celui qui parle. De l’herméneutique, la discipline de suspendre son jugement pour comprendre avant d’interpréter. De la phénoménologie, l’exigence de partir de l’expérience vécue, telle qu’elle a été traversée, pour en tirer un ajustement transférable.

Ce positionnement n’engage que moi, et je sais qu’il n’est pas le plus répandu. Il me paraît cependant plus juste, et surtout plus fécond, parce qu’il change tout à la posture qui en découle : expliciter plutôt qu’élucider, du travail plutôt que de la thérapie, un ajustement plutôt que des convictions théoriques.

Pour celles et ceux qui sont intéressés, je développe ce point dans le hors-série de Direction[s] consacré à l’APP.

En Analyse des Pratiques, le transfert se lit. Il ne se travaille pas.

Le travailler, l’ouvrir, le déplier, serait de la Supervision Relationnelle. Il s’agit là d’un tout autre dispositif, d’un tout autre contrat passé avec les participants. Ce glissement est particulièrement fort pour les psychologues et les professionnels de la thérapie.

Un participant qui dépose « cette situation me touche trop, je me revois face à mon père » ne demande pas une Analyse des Pratiques. Il demande de la Supervision Relationnelle, d’où l’importance d’être au clair avec le périmètre technique des Analyses de Pratiques. Votre geste, alors, est de nommer et de réorienter, sans juger et sans refermer pour autant brutalement cette porte laissée entrouverte.

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin, je vous recommande de lire les pages 58 à 64 du Guide pratique et technique pour devenir intervenant en APP.

Bref, trois gestes concrets face à des configurations relationnelles qui vous enlisent :

  • Nommer la place, jamais la personne. « J’entends que quelque chose se rejoue ici autour de l’autorité, pour vous » plutôt que « vous êtes dans l’opposition ». L’un ouvre, l’autre enferme.
  • Rendre au système ce qui lui appartient. Une relance suffit souvent : « Est-ce que d’autres, ici, vivent cela dans leur pratique ? » Ce qui semblait personnel redevient alors une information sur l’organisation.
  • Déposer ailleurs ce qui reste. Comme je l’écris dans mon livre, une question toute simple permet de vérifier votre propre cohérence : avez-vous un espace de supervision vous-même, en tant qu’intervenant ? Car oui, il vaudrait mieux. Ce que le groupe dépose sur vous devrait pouvoir se déposer quelque part, aussi. Et si vous avez vous-même un espace de supervision relationnelle, alors vous repérez d’autant plus chez les participants leurs besoins de ce type.

Le mantra de la rentrée 🧘‍♂️

Ce que les participants déposent sur vous ne vous appartient pas forcément. Ce que vous en faites vous appartient pleinement.

« Lire le transfert vous rend plus précis.
Le travailler vous fait sortir de votre cadre. »

Amener du discernement entre ce qui nous appartient en propre (notre style d’animation, notre histoire, nos points de sensibilité…) et ce qui appartient à la configuration relationnelle avec les participants : voilà exactement la focale que nous traitons lors des Supravisions.

Ce dispositif est réservé aux intervenants expérimentés, y compris à celles et ceux qui ne sont pas passés par le parcours APEOS®. Ces focales d’attention, nous les avons toutes et tous en commun dès lors que nous avons de la pratique derrière nous.

Une seule session par an, en présentiel. Réservez d’ores et déjà votre place à la Supravision des 19, 20 et 21 mai 2027, à Lyon.

→ Découvrir la Supravision

Le défi de la rentrée

Une question, pour cette édition. Reprenez votre carnet de réflexivité.

Pensez au participant qui vous agace le plus. Celui ou celle dont le prénom vous vient immédiatement, sans effort.

Puis, dans l’ordre, deux temps :

  • À quelle place me met-il ? (l’expert, la figure d’autorité, le sauveur, l’adversaire, le collègue, ou autre)
  • Et la plus exigeante : qu’est-ce que cela dit de vous, que cette personne vous atteigne aujourd’hui ?

La première question vous rend plus juste avec lui. La seconde vous rend libre.

Répondez à ce mail si l’une des deux vous a fait bouger quelque chose. Je lis tout.

Et pour les plus mordus : faites cet exercice pour chacun de vos groupes.

En coulisses, la rentrée

Anne CHIMCHIRIAN, en coulisses

Les sessions d’automne se complètent fortement depuis la mi-août. Il faut dire que j’ai annoncé les grandes villes pour 2027 : celles et ceux qui veulent s’assurer une place sur les sessions dans le quart sud-est se pressent.

IAPP2 : Perfectionner son intervention · 18 au 20 septembre (session complète).

IAPP1 : Devenir Intervenant en APP (se former avant de débuter ses interventions) · 21 au 25 septembre (session complète), 7 au 11 octobre, puis 30 novembre au 4 décembre.

ASDR : Approche Systémique des Dynamiques Relationnelles · 28 au 30 septembre.

Masterclass APEOS® · 19 au 22 octobre, à Lyon (session complète).
Prochaine session, inscriptions déjà ouvertes : 22 au 25 mars 2027, à Lyon.

IAPP1 Consolidation · 23 au 27 novembre. Idéale pour les intervenants APP qui ont déjà démarré et qui souhaitent consolider leur posture.

L’automne est une saison particulièrement opportune pour se former : vous abordez janvier avec un dispositif clarifié et l’assurance qui va avec, plutôt qu’avec une bonne résolution.

Un mot sur l’ASDR. C’est sans doute la formation la plus transversale du parcours, et celle dont le rapport entre le coût et les retombées sur la pratique est le plus frappant. Elle ne s’adresse pas qu’aux intervenants APP : tout consultant qui souhaite acquérir une vision systémique dans ses contrats y trouvera de quoi lire autrement ce qui se joue devant lui, aussi bien dans les dynamiques individuelles que dans celles d’un groupe ou d’une institution.

Je vous le disais en juillet : c’est elle qui installe le langage commun sur lequel s’appuieront les supervisions collectives de la communauté digitale, qui prendra forme dans les mois à venir.

« Une approche tout à fait passionnante, parce que concrète, utilisable tout de suite, et très bien construite : l’utilisation des situations professionnelles des personnes formées permet de bien comprendre ce qui se joue, à tous les niveaux. »
Marie-Charlotte Clerf

« Une formation intense, dynamique et expérientielle. Je repars avec une vision claire de ce qu’est l’analyse systémique et de ses usages pratiques dans mon quotidien de consultante RH et psychopraticienne. […] L’analyse systémique telle que pensée par Anne permet de décristalliser les problèmes. »
Noémie Meunier Fritz

« Ce que j’étais venue chercher dans la formation ASDR est exactement ce que j’y ai trouvé : une mise en pratique concrète. De celle qui permet une véritable appropriation des notions. […] Une petite révolution pour un grand potentiel d’agir ! »
Estelle Cheminat

Un mot sur le podcast. Je vous l’annonçais pour l’automne. Il paraîtra plus tard : la professionnelle qui m’accompagne sur ce projet a connu un contretemps personnel, et j’ai choisi de l’attendre plutôt que de changer de main. Rendez-vous en fin d’année, ou au tout début de la suivante.

Une nouveauté du côté du Réseau Supervisé. Une page de présentation complète est désormais accessible depuis votre espace « Mon compte » : le cadre, les conditions, le déroulé. Si vous vous êtes déjà demandé ce que recouvre exactement le Réseau Supervisé, la réponse s’y trouve maintenant noir sur blanc.

Et pour conclure :

Cette année, quand un participant vous agacera, et cela arrivera (sourire), offrez-vous trois secondes avant de réagir.

Rappelez-vous d’abord que c’est plutôt bon signe : on ne fait porter à quelqu’un que si on le pense solide. Puis demandez-vous dans quelle configuration relationnelle il essaie de vous mettre.

Ces trois secondes-là sont, à mon sens, ce qui différencie un intervenant qui tient d’un intervenant qui s’use.

Belle rentrée à vous.

Anne Chimchirian

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