Participation obligatoire ou volontaire : ce que le caractère de participation change pour l'intervenant, le groupe et l'institution.
Lettre envoyée le 20 mars 2026 aux abonnés de la newsletter, republiée ici à quelques adaptations près. Les dates, tarifs et formats de formation cités sont ceux du moment de l’envoi : pour l’offre actuelle, consultez le calendrier des formations.
Introduction et petit mot personnel
Le printemps commence à pointer. Et avec lui, une énergie que je ressens partout autour de moi. Des projets en gestation depuis des mois qui voient enfin le jour. Des intervenantes et intervenants qui franchissent le pas, se forment, et ancrent leur pratique sur des bases solides.
Est-ce que vous saviez qu’APEOS® est aujourd’hui la plus grande communauté d’intervenants en Analyse de la Pratique Professionnelle formés autour de repères communs ?
Et oui, il faut dire que le Hors Série du magazine Directions consacré à l’APP qui m’a été confiée, reçoit de très bons retours de la part des directions et des services de ressources humaines.
Il est réservable à l’unité ici → Hors Série Directions

Plusieurs d’entre vous l’ont déja commandé pour pouvoir s’y appuyer lors des rencontres de direction et ainsi argumenter leur vision professionnelle des dispositifs d’APP. Excellent choix !
Au delà de toucher le public des directions, ce Hors Série est écrit pour donner des repères, y compris en tant qu’intervenant en AP.
Et oui, en février vous n’avez pas reçu de Newsletter, je le sais bien. J’en avais envie…sauf qu’il me fallait assurer une présence de qualité auprès des nombreuses promotions de pro souhaitant acquérir la Méthode APEOS®. Une cinquantaine de nouvelles recrues dans la Communauté APEOS® sont arrivées depuis mi décembre 😉
Alors voila ce mois-ci, on aborde une grande question pour les AP, une question aux enjeux systémiques (intervenant, participant, équipe, institution)… place au sujet du mois !
Participation obligatoire ou volontaire : quelles conséquences ?
C’est une question qu’on va prendre le temps de traiter ici, dans ce double numéro.
Sujet du mois
Le caractère de participation obligatoire vs volontaire en Analyse des Pratiques : quels enjeux ?
On se refait la scène.
Vous arrivez dans la salle. Le groupe vous attend. Certains ont les bras croisés. Une participante regarde la porte. Un autre consulte discrètement son téléphone. Et puis quelqu’un dit, presque en s’excusant : « Notre direction nous a demandé d’être là. »
Et là c’est l’inquiétude. Une question qui vient rapidement : « Comment je vais animer ça ? »
Ce scénario, des dizaines d’intervenantes et intervenants me l’ont décrit. Et je l’ai aussi moi-même, de nombreuses fois vécu. Il révèle quelque chose d’essentiel sur notre pratique.
Voyons maintenant plus en détail ce que le caractère de participation amène de différent.
Zoom technique
La participation volontaire crée un terreau fertile en apparence. Les participantes et participants arrivent avec des situations choisies, une motivation naturelle, une envie d’être là. Le travail peut aller en profondeur plus vite. Et pourtant : un groupe volontaire n’est pas automatiquement un groupe facile. Les attentes y sont souvent plus élevées. La pression sur l’IAPP, plus silencieuse, cependant bien réelle.
La participation obligatoire, elle, appelle une démarche différente dès les premières minutes. Le moment de l’ouverture de séance change de nature. Nommer l’éléphant dans la pièce devient une compétence à part entière : « Je sais que certains d’entre vous n’ont pas nécessairement choisi d’être là. Cet espace vous appartient malgré tout. » Cette phrase, simple en apparence, demande du métier pour être posée avec justesse, sans condescendance, sans fausse bienveillance.
Vient ensuite le moment du recueil de situation. Dans un groupe à participation imposée, les professionnelles et professionnels s’exposent peu. Ils ne savent pas encore si cet espace est sûr. La confiance se construit lentement, séance après séance. Et là, la capacité de l’Intervenant AP à maintenir un cadre clair et cohérent devient déterminante.
Parce qu’un participant qui lance : « À quoi ça sert tout ça ? » n’attaque pas l’IAPP. Il exprime quelque chose de son vécu professionnel. Et c’est là que le groupe à participation obligatoire révèle tout son paradoxe : il porte souvent le matériau le plus riche. La résistance est un symptôme de ce qui se joue dans l’organisation. L’APP devient alors un miroir.
Ce qui fait réellement la différence
Ce qui fait réellement la différence entre une séance qui transforme ou non les pratiques, c’est la solidité de la démarche d’animation suivie par l’intervenant. Sa capacité à se repérer dans le déroulement de la séance, sa capacité à problématiser bien sûr, et sa capacité à trouver du confort dans l’inconfort que lui fait vivre le groupe. Maintenir le périmètre technique de l’AP même quand la pression monte… n’est possible que si on s’y est entraîné.
Cela s’apprend. Cela se travaille.
C’est précisément pour cela que les parcours APEOS® ont été pensés pour tous les niveaux de pratique, du premier groupe animé au groupe le plus expérimenté. Parce que la démarche d’animation de l’Intervenant AP ne s’improvise pas, elle se construit.
ASTUCES : Si l’établissement choisit de contrôler les présences par une feuille d’émargement, cela est cohérent avec le caractère obligatoire annoncé. Il est cependant préférable que cette feuille porte l’en-tête de l’organisation et non celui de l’intervenant afin que la responsabilité du cadre reste clairement institutionnelle.
Pour compléter : rdv p.125 du Guide Pratique et Technique + la note d’information P.130 pour introduire des AP obligatoires dans un établissement.

La subtilité du mois
La véritable vigilance porte ici sur la cohérence institutionnelle.
Derrière l’annonce d’une participation « obligatoire » peut se cacher une « fausse obligation » : un dispositif présenté comme requis pour les professionnels, mais dont les absences ne sont ni relevées, ni questionnées, ni assumées par l’établissement.
Là encore, une ligne de crête apparaît. Lorsqu’une institution affirme un cadre sans en soutenir les conséquences, elle fragilise sa propre crédibilité. L’APP devient alors malgré elle un révélateur : celui d’un cadre institutionnel qui se dit « faussement cadrant ».
L’Analyse des Pratiques n’est pas un dispositif symbolique destiné à afficher des intentions. Elle ne peut pas non plus servir d’espace où se rejoue silencieusement l’ambivalence d’une organisation à tenir ses propres décisions. Elle suppose, au contraire, un cadre clair et assumé y compris dans ce qu’il engage pour l’institution elle-même. En cela le dispositif d’AP est clairement au service de l’institution et la soutient dans ses missions.
Le mantra du mois 🧘♂️
« Un cadre annoncé et contredit n’est pas un cadre :
–> c’est une règle non assumée. »
À retenir : version claire, utile et punchy

Lorsque l’institution annonce une participation obligatoire en APP, il faut que ce soit “vrai” ! L’intervenant a intérêt à vérifier comment ce cadre est réellement tenu en observant ce que l’institution met en place concrètement pour l’assumer et le vérifier.
Une obligation non suivie d’effets fragilise la parole institutionnelle.
Et l’APP devient alors le lieu où se donne à voir ce que l’organisation n’arrive pas à assumer.
En coulisses…
Ce printemps, quelque chose de nouveau arrive…
Vous êtes plusieurs à me l’avoir suggéré et même demandé ces derniers mois… Des vidéos !
Dès avril vous verrez arriver des vidéos sur la Chaine Youtube.
Certaines seront spontanées, d’autres carrément tournées en studio pour + de qualité.
L’objectif ?
Continuer de diffuser des informations CLAIRES sur les Analyses de Pratiques, pour les professionnaliser auprès des directions, des équipes et aussi du grand public.
Pour celles et ceux que j’ai eu la chance de croiser en formation, vous y reconnaitrez, je l’espère bien, ma franchise, mon authenticité et mon engagement y compris sur des sujets polémiques.
Je vais avoir besoin de vos feedback pour guider les prochaines thématiques et problématiques à aborder.
Accepteriez-vous de m’envoyer un mail en me disant ce qui vous questionne le plus dans les APP en ce moment ?
Les vidéos sont imminentes.
Pensez à vous abonner à la chaîne pour être informé des premières publiées !
Ça me permettra de me faire une idée du nombre de personnes en face.
Défi du mois pour les intervenants en APP
Les dispositifs d’Analyse des Pratiques se développent dans de nombreux secteurs. Pourtant, les espaces où les intervenants peuvent mettre leur propre pratique au travail restent encore trop rares.
Chaque mois, je vous proposerai donc un petit défi professionnel.
Libre à chacun de s’en saisir… ou simplement d’y réfléchir.
Défi de ce mois-ci
- Prenez un carnet dédié à votre activité d’IAPP, un crayon/feutre.
- Remémorez-vous une séance d’APP menée.
- Mettez votre smartphone en discrétion avec un chronomètre de 10 minutes.
- Sortez vos Cartes Réflexives (si vous les avez) et prenez devant vous la carte n°11.
- Ou utilisez les photos suivantes en support
- Lancez votre chrono de 10 minutes, et prenez le temps, calmement de répondre vraiment à toutes ces questions. Soyez honnête : ce travail vous le faîtes pour vous.
Le travail réflexif solitaire est souvent l’un des leviers les plus puissants pour continuer à affiner sa pratique. Et en tant qu’IAPP, s’il y a quelques chose que vous ne pouvez pas prendre à la légère…c’est de manquer de recul 😉


Actions pour les mois à venir
Cette rubrique a un autre objectif : faire circuler le travail autour des APP au-delà de cette newsletter.
Vous êtes aujourd’hui près de 600 à lire cette newsltetter dédiée à l’APP. Beaucoup interviennent déjà sur le terrain ou s’intéressent de près à ces pratiques.
Si chacun agit à son niveau, même modestement, cela contribue réellement à la diffusion de repères plus solides.
Voici deux actions possibles ce mois-ci :
1️⃣ Nourrir les prochains contenus diffusés
- une question rencontrée dans l’animation d’un groupe
- une difficulté de terrain
- un thème que vous aimeriez voir traité
Vous pouvez suggérer des problématiques ou m’envoyer des questions directement en envoyant un mail à anne.chimchirian@gmail.com avec en objet “Contenu Youtube »
Je lis tous vos messages et les contenus que je propose sont tous issus de nos échanges.
La professionnalisation des APP se construit collectivement 😉
2️⃣ Si vous avez lu le Guide pratique publié en 2024
Un commentaire sur Amazon, Fnac ou Cultura aiderait énormément à rendre visible cet ouvrage auto-édité.
Plus de 1200 professionnels l’ont déjà lu…par contre les retours restent encore trop peu nombreux.
Et pour conclure :
Dans les dispositifs d’Analyse des Pratiques, on parle souvent de cadre, de posture, de méthode.
Alors qu’au fond, tout repose sur une chose :
la cohérence.
Cohérence de l’institution dans ce qu’elle annonce.
Cohérence de l’intervenant dans ce qu’il tient.
Cohérence du dispositif dans ce qu’il produit réellement.
C’est cette cohérence qui permet, séance après séance, de transformer un espace parfois contraint… en un véritable lieu de travail.
Et si le reste n’était qu’habillage ?
On se retrouve le mois prochain,
avec de nouveaux repères, et très bientôt… en vidéo.
Anne
Les autres lettres
Travailler à partir de ce qui va bien : une bonne idée ?
Peut-on travailler en APP à partir de situations qui vont bien ? Oui, avec prudence technique : ce qui rend une situation positive réellement analysable.
Et si votre exposant en portait trop ? Ce signal discret que vous envoie le groupe
Quand l'exposant porte plus que les autres : lire ce signal du groupe, et mobiliser le « groupal » dans la démarche d'animation.
Recevoir la prochaine lettre
Une lettre par mois, pour les intervenants en Analyse des Pratiques : un sujet de fond, un zoom technique, une subtilité, et des nouvelles du terrain.







Publications

