Newsletter · janvier 2026

Peut-on travailler en APP à partir de situations qui vont bien ? Oui, avec prudence technique : ce qui rend une situation positive réellement analysable.

Lettre envoyée le 30 janvier 2026 aux abonnés de la newsletter, republiée ici à quelques adaptations près. Les dates, tarifs et formats de formation cités sont ceux du moment de l’envoi : pour l’offre actuelle, consultez le calendrier des formations.

Introduction et petit mot personnel

Janvier est traditionnellement le mois des vœux.
Je tiens à vous adresser les miens, sincères et simples : une année vivante, où la pensée reste en mouvement, où les pratiques continuent de se questionner, et où le travail conserve du sens même lorsqu’il est exigeant.

Je rentre tout juste de Martinique, où s’est tenue la première session IAPP1 aux Antilles. J’y ai aussi pris du temps de repos, du vrai. Du temps sans production immédiate, sans injonction à “avancer”. Beaucoup de projets ont mûri ainsi, simplement parce que je les ai laissés reposer, au soleil, sans les forcer. Cette alternance entre travail et décantation n’est pas étrangère au sujet de ce mois-ci.

Sujet du mois

Travailler en Analyse des Pratiques à partir de ce qui va bien : une fausse bonne idée ?

L’Analyse des Pratiques Professionnelles est encore très largement associée à ce qui ne va pas : difficultés, tensions, impasses, situations douloureuses. C’est logique. L’APP est historiquement convoquée quand le travail devient pesant ou confus.

Pourtant, une question revient de plus en plus souvent dans les groupes :
est-il pertinent, en APP, de travailler à partir de situations professionnelles qui vont bien ?

Ma réponse est claire : oui. Avec prudence technique.

Zoom technique

Toutes les situations positives sont, en théorie, analysables en APP à condition qu’elles donnent accès à un véritable travail réflexif.

Ce qui rend une situation travaillable n’est ni son climat agréable, ni le sentiment que “tout s’est bien passé”, mais l’existence d’un acte professionnel opératoire, situé, concret, vécu dans le réel du terrain.

Par exemple : une réunion avec des résidents marquée par une circulation fluide de la parole, une qualité d’écoute partagée, et une élaboration collective de solutions. Cette situation devient une matière d’APP dès lors que l’on ne s’arrête pas à sa réussite apparente, mais que l’on interroge les logiques à l’œuvre, les choix opératoires, les ajustements relationnels, les processus de décisions choisis et leurs conséquences en termes de pratique.

On ne travaille alors pas sur le “positif”, mais sur ce qui a rendu possible cet ajustement professionnel.

La subtilité du mois

La véritable vigilance porte sur la posture de l’intervenant. Oui, encore.

Derrière le choix de partir de situations positives peut se cacher un faux positif :
un désir, parfois inconscient, de réparer. Réparer le désarroi d’une équipe, réparer un sentiment d’impuissance, ou réparer son propre agacement face à un discours de plainte jugé envahissant dans l’animation des séances.

Là se situe une ligne de crête : lorsque le positif devient une tentative de soulagement pour le groupe ou pour l’intervenant, il perd sa valeur analytique. L’APP n’est ni une méthode Coué, ni une stratégie de compensation émotionnelle, ni un pseudo team building.

Un pont à faire

Il existe une différence fine, et essentielle, entre une compassion qui soutient la pensée et un élan qui enlève à l’autre sa liberté d’être.

Le désir de réparation peut renforcer l’écoute… oui et il peut aussi conduire à vouloir atténuer, relativiser, adoucir ce que les professionnels disent vivre. Or, en Analyse des Pratiques, reconnaître pleinement une réalité éprouvée est souvent plus respectueux que de chercher à la rééquilibrer trop vite.

Il y a là quelque chose de profondément éthique et peut-être, oui, spirituel au sens noble : laisser l’autre libre sans vouloir pour lui.

Le mantra du mois

« Chercher le positif n’a de sens que s’il ouvre la pensée, et non s’il vise à atténuer le réel. »

À retenir : version claire, utile et punchy

Travailler à partir de ce qui va bien en APP est une décision technique.
Une situation positive n’est intéressante en APP que si elle permet l’explicitation d’actes professionnels opératoires et permet de révéler les ajustements relationnels autour de ces derniers.
Le “positif” devient un piège lorsqu’il sert à réparer, apaiser ou relativiser.
Lorsqu’il est rigoureusement tenu, il peut ouvrir un nouveau niveau de maturité professionnelle.

En coulisses…

📘 Le hors-série Direction(s) consacré aux Analyses de Pratiques sera prochainement commandable à l’unité, directement sur le site Lefebvre Dalloz.

🌍 La dynamique de professionnalisation des AP se poursuit dans les territoires ultra-marins, avec des perspectives d’ASDR et d’IAPP2 sur les îles de la Martinique et de La Réunion. Aussi, j’ai la joie d’accueillir une nouvelle demande de formation en Nouvelle-Calédonie (projection : juin 2027).

Ces développements s’accompagnent d’un affinement des parcours pédagogiques proposés, avec une orientation volontaire sur la conduite des Groupes d’Analyse de Pratiques (GAP) et l’accès à la certification APEOS®.

Trois voies distinctes permettent aujourd’hui d’y accéder, en fonction du niveau d’expérience et des besoins professionnels :

  • IAPP1, pour les intervenants débutants souhaitant se former AVANT de débuter leurs contrats ;
  • IAPP1 Consolidation, pour sécuriser, structurer et affiner une pratique déjà lancée ;
  • Masterclass, destinée aux intervenants APP expérimentés, (ou consultans aguerris, et/ou professionnels largement formés) intégrant un suivi individualisé sur six mois, afin d’accompagner l’approfondissement de la posture, la technicité d’animation et l’appropriation de la Méthode APEOS®.

Webinaire Cartes réflexives

Enfin, le prochain webinaire pour apprendre à utiliser les Cartes Réflexives a lieu lundi prochain (le 2 février 2026), de 19h30 à 20h30.
Ce moment passé ensemble permettra de découvrir comment utiliser les Cartes Réflexives dans le renforcement de sa posture d’Intervenant en Analyse des Pratiques (ou de démarches apparentées).

  • Participation aux frais : 25 €

Le mot de la fin

Et si, en Analyse des Pratiques, la véritable exigence n’était pas de chercher ce qui va mieux — mais de tenir un espace où ce qui est vécu peut être pensé sans être corrigé ?

C’est peut-être là que commence le travail le plus humain…

Vos retours, vos questions, vos pistes

Cette newsletter est pensée comme un espace de réflexion partagé.
N’hésitez pas à me transmettre vos retours, qu’ils portent sur le fond (les idées, les prises de position, les repères proposés) ou sur la forme (rythme, clarté, structuration).

Vous pouvez également me suggérer des focus thématiques, des questions techniques ou des sujets que vous aimeriez voir traités dans les prochains numéros, en lien avec l’Analyse des Pratiques, la posture d’intervenant ou les enjeux institutionnels actuels.

Vos retours nourrissent directement le travail en cours.

Anne CHIMCHIRIAN

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